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Sans doute venez-vous de débarquer sur mon blog en suivant la piste de la douance, de la psychologie ou d'un tout autre sujet débattu ici, le temps d'un billet. Je suis un adulte à haut potentiel intellectuel/surdoué de 33 ans, diagnostiqué à 12 ans alors que je traversais les périodes les plus sombres de la genèse de mon existence sur terre. Aujourd'hui, je m'épanoui à la lumière de mes passions les plus dévorantes telles que l'astronomie, la photographie, les volcans, la psychologie analytique ou encore les bovins. N'hésitez pas à interagir avec moi sur certains de mes billets en y déposant vos propres commentaires. Même en l'absence de réaction de ma part, ceux-ci présentent toujours l'intérêt d'apporter des compléments d'information mais aussi de me donner matière à réfléchir personnellement...

dimanche 4 novembre 2012

Pourquoi la multiplication d'immolations par le feu dans notre société ?

Crédits photo : STRDEL/AFP
Des tibétains protestant contre la répression menée par Pékin dans les zones tibétaines chinoises, plusieurs employés d'une entreprise s’insurgeant contre le non versement de leur salaire pendant plusieurs mois, des jeunes femmes musulmanes refusant de se marier avec le mari choisi par la famille, un homme de 51 ans à Mantes-la-Jolie après avoir appris la baisse du montant de ses allocations familiales, encore tout dernièrement une mère de deux grands enfants, prise en charge "depuis longtemps" par les services sociaux par la mairie d'Hazebrouck. 

Le lien entre ces différents protagonistes ? L'immolation par le feu. Je ne peux rester insensible à la multiplication de ces suicides, de ces crimes (éventuellement) ou tout du moins dans les cas les moins graves de ces tentatives de suicides mettant à chaque fois en corrélation le désespoir, le feu et un liquide inflammable. Il suffit de regarder les faits divers ou de rester un minimum attentif à l'actualité nationale même de notre pays pour constater que l'on ne peut échapper à cette conclusion très alarmante sur l'expansion progressive de l'immolation par le feu comme pratique suicidaire. La recrudescence de ce procédé de mise à mort et surtout des suicides en eux-mêmes découlent tout d'abord d'une santé générale déficiente de notre société et de l'intervention d'autres facteurs aggravants non négligeables tel que le pouvoir très puissant incarné par les images sur l'opinion mondiale. Notre société est moralement, juridiquement et psychologiquement malade. Selon Smaïn Laacher, sociologue au Centre d'études des mouvements sociaux du CNRS : "La particularité fondamentale de l'immolation est de porter sa propre mort sur la scène publique, d'exposer au monde son désespoir. À l'inverse, le suicide tel qu'on l'entend traditionnellement consiste à se supprimer pour des raisons personnelles dans un cadre privé. Les personnes qui s'immolent choisissent généralement un lieu peuplé, dans le but d'avoir des témoins. Ils peuvent le faire également dans un bâtiment institutionnel qui représente leur refus de l'injustice. On met les institutions au pied du mur, on les accuse d'une profonde injustice, d'un tort personnel subi qui ne peut trouver réparation".  On observe surtout ce genre de suicides médiatiques au Tibet car le sacrifice chez eux est un acte perçu comme altruiste. Dans le bouddhisme tibétain, l'offrande de son corps s'inspire d'un récit d'une vie antérieure du Bouddha où celui-ci se livre à un tigre pour nourrir ses petits. "Ainsi, le sacrifice, sens premier de l'immolation, est interprété par beaucoup comme un geste pour la collectivité, ni désespéré, ni égoïste" selon Katia Buffetrille, ethnologue et tibétologue à l'École pratique des hautes études.

Ce genre de sacrifice public par le feu a gagné l'occident pour d'autres raisons. Depuis 2001, depuis un peu plus de dix déjà, on observe la recrudescence dans les médias du voyeurisme avec l'apparition de la télé-réalité. On n'a plus peur de s'exposer publiquement à l'écran dans toutes les situations possibles et cela jusqu'aux plus intimes, les plus dégradantes, les plus indignes (faire l'amour ou exposer son corps nu devant des milliers de téléspectateurs ne surprend presque plus personne), l'exposition de son propre suicide poursuit donc la même logique. Autant se suicider devant les écrans, il convient que celui-ci soit le plus spectaculaire possible et l'immolation par le feu convient parfaitement à accomplir ce spectacle. Il convient d'ailleurs de préciser le sens même du mot immolation. Ce mot découle du latin immolare «offrir un sacrifice». Dans le discours courant, l'immolation a été attribuée automatiquement à l'acte de se suicider par consummation de son propre corps par le feu mais en réalité, l'immolation peut se faire par n'importe quel moyen (l'eau, la terre, le bois,...etc). Par extension, au vue notamment de ces femmes sacrifiées par leur famille sous prétexte qu'elles refusèrent de se marier avec le conjoint qui leur fut choisi, immolation est devenu synonyme de tuerie ou massacre de victimes sans défense.

L'usage presque exclusif du feu m'a poussé à croiser les données symboliques de The Archive For Research In Archetypal Symbolism, du dictionnaire des croyances et symboles de l'antiquité de Jean-Claude Belfiore et de nombreuses autres sources autour du thème du feu. Le feu est le symbole de l'ambivalence entre purification, vie et mort, gloire mais également prodige. Nombreux furent les philosophes anciens qui placèrent le feu à l'origine du monde comme matière universelle, à la place d'un  dieu selon lequel l'âme humaine est ignée* (*qui possède les propriétés du feu). Il faudra attendre les stoïciens pour distinguer le feu qui consume et celui qui anime. Le feu, comme un certain nombre d'éléments, n'est pas univoque : Il participe du bien (Dieu) et du mal (Démon) en soufflant tantôt le chaud, tantôt le froid. Chez les Grecs et les Romains, on trouve le dieu du feu, "divin forgeron" Héphaïstos/Vulcain dont la demeure se trouverait au coeur d'un volcan. Le dieu Vulcain était l'incarnation des deux visages : Le feu générateur et meurtrier.

Si nous avions à trouver un faisceau de logique avec ses nombreux sacrifices publics de personnes observés en Orient, tout comme en Occident, il me semble pertinent d'étudier le feu sous son aspect sacré : "Les hommes ont tout à fait besoin du feu, surtout pour les sacrifices, pour parfumer les rues de l'odeur des victimes, brûler l'encens et rôtir les cuisses sur les autels" (Lucien de Samosate). L'eau des sacrifices dans le chant 21 de l'Iliade dans laquelle les assistants étaient invités à y tremper leurs mains et à s'asperger mutuellement (et l'autel également) pourrait trouver sa projection métaphorique dans l'utilisation d'un liquide inflammable comme l'essence par ces individus s'immolant. La flamme s'élevant vers le ciel ne montre t-elle pas le chemin du ciel comme le prophète Elie faisant une prière devant des offrandes aspergées trois fois sur un autel, frappé par le feu descendant tout droit de ce même ciel ? Le feu apparaît alors comme l'absolu symbole de la régénération morale.

La morale n'a jamais été autant menacée qu'aujourd'hui. Les symboles sur lesquels nous pouvions placer toute notre confiance pour tenir debout sont de plus en plus méprisés. L'inconscient collectif composé de croyances et de symboles remontant à l'antiquité se manifeste en chacun de nous et il ne me semble finalement pas absurde d'observer autant de sacrifices par le feu à notre époque car dans le subconscient de beaucoup de nos concitoyens, le désir de régénération morale est très fort. Avec l'effet de la mondialisation, des structures migrant sans arrêt toujours vers le un, le pouvoir de l'information qui n'a jamais été aussi fort, nos concitoyens commencent à se lasser de l'injustice, de l'immoralité, de l'indifférence sans cesse observées. L'espèce humaine est concrètement menacée. Les personnes conduites par leur désespoir de ne rien voir bouger, éprouvées directement par cette société profondément malade sur ses fondements les plus élémentaires, sont incitées en public à notre époque  à s'écrier "stop ! çà suffit !" en s'emparant du feu sacré, symbole inconscient de cette vive attente de régénération morale...

1 commentaire:

theuric a dit…

Bonjour,
Vos réflexions sur ce sujet me semblent fort pertinentes, permettez que j'y amène quelques pensées de mon cru.
C'est le feu qui fut la première marque de notre humanité: ce sont nos lointains ancêtres qui furent les seuls à utiliser le feu à en comprendre et en utiliser les puissantes propriétés.
Ainsi, au-delà de la branche effilée et de la pierre (en ses début grossièrement) taillée, découvrir et utiliser ce qui, pour le reste du monde animal, est ce danger absolu fut le bond majeur pour notre avènement, même si ce bond fut lui-même la résultante d'une évolution antérieure, c'est vrai, nous ne conservons que des traces infimes de ces évolutions, autant dans les tréfonds de notre psyché et ses arcanes complexes des symboles et archétypes que dans les quelques restes fossiles que les archéologues, dans les profondeurs des sols, s'ingénient de retrouver et de comprendre mais nous commençons à en découvrir la substance.

Le suicide a toujours pour cause notre existence sociales, notre être social et non pas notre existence propre, il questionne le ce que je suis et non pas le qui je suis: un clochard (un S.D.F. comme le dirait le bien-pensant hypocrite) ne se suicide pas, il se délite, physiquement comme mentalement.

La morale est l'un des plus grand problème qu'a, de tout temps, dû affronter l'humanité et l'une des raisons du sentiment de mal être que les personnes douiques (j'aime les néologismes) peuvent connaître vient, justement, de la souvent incohérence que la morale vécue leur présente.
Or il n'est de société sans morale, elle est l'un des liens principales (comme la socialité du tout les jours, la politesse voire la politique dans l'ensemble de ses dimensions) qui permet à toutes sociétés de durer, d'être, même: sans morale, pas de société mais toute morale est toujours injuste et incohérente.
Le néolibéralisme, en mettant au-devant de toute chose la concurrence et l'égoïsme rend ennemi autant le voisin, le familier que le membre de la famille aussi que le notable, l'élu et que toutes les sortes de gouvernances...etc....
De plus ce néolibéralisme a également, de crédo, de mode, de principe le relativisme social, c'est à dire de considérer que toute chose est égal au regard du profit (le profit n'est pas en soit ni bon ni mauvais mais en faire le centre de la pensée est destructeur).
Si tout est égal, il ne peut y avoir de hiérarchisation quelconque (sauf celle du pouvoir des néolibéraux et de leurs séides), c'est cela qui fait cet amoindrissement de la morale: c'est le questionnement, la remise en question de la morale, l'immoralité, qui permet à la société de se développer, d'être en devenir mais c'est l'amoralité, la remise, la mise en cause de la morale qui détruit la société.
Le plus amusant dans tout cela c'est que les réels artistes, inventeurs, génies... sont, par nature, immoraux, ils savent ce qu'est la morale mais ont la leur, ils sont inventifs, progressistes... et, dès lors, immoraux.
En revanche les êtres amoraux sont par eux-mêmes paradoxaux: pour leurs propres intérêts ils vont remettre en cause la morale et sont, dans le même temps, des plus conservateurs, les nazis ou les maffieux, en ce sens, en sont de bons exemples.
De tempérament ploutocratique plutôt que guerrière, les néolibéraux détruisent, non par la guerre, mais par la manipulation mentale, la publicité en est le moindre des exemples.
Ils vont aussi prier à la mosquée, au temple, à l'église, à la synagogue, à la pagode ou ne pas prier mais vont, en ces choses religieuses par exemple, exprimer un dogmatisme clos et violent, ils peuvent être chauvinistes, xénophobes, enfin avoir, sur la société une vision étriquée, bornée et binaire.
D'où le suicide d'humains en holocauste, l'immolation sacrée.
Theuric.

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