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Sans doute venez-vous de débarquer sur mon blog en suivant la piste de la douance, de la psychologie ou d'un tout autre sujet débattu ici, le temps d'un billet. Je suis un adulte à haut potentiel intellectuel/surdoué de 35 ans, diagnostiqué à 12 ans alors que je traversais les périodes les plus sombres de la genèse de mon existence sur terre. Aujourd'hui, je m'épanoui à la lumière de mes passions les plus dévorantes telles que l'astronomie, la photographie, les volcans, la psychologie analytique ou encore les bovins. N'hésitez pas à interagir avec moi sur certains de mes billets en y déposant vos propres commentaires. Même en l'absence de réaction de ma part, ceux-ci présentent toujours l'intérêt d'apporter des compléments d'information mais aussi de me donner matière à réfléchir personnellement...

lundi 22 mai 2017

L'échec, il s'agit de l'introduction au succès

La rencontre avec ce livre publié en 2016 est comme pratiquement toutes les rencontres : L'improbable inattendu, l'improbable fenêtre s'ouvrant sur un jardin des fleurs de l'équilibre et de la confiance en soi retrouvée. Rien de mieux en effet qu'un agrégé de philosophie, diplômé de Sciences Po Paris et d'HEC Paris portant ce nom de famille pour nous inviter à regarder les pépins de la vie sous un angle bien plus optimiste. Croquer dans la pomme de l'audace d'essayer, de choisir, de s'investir dans quelque chemin que ce soit, conduit forcément à multiplier les probabilités de se retrouver avec quelques pépins dans les dents.

Mais n'est-ce pas comme cela que l'on apprend ?
N'est-ce pas comme cela que l'on s'élève ?

Dans le cas des surdoués, rien de mieux d'aborder constructivement l'échec car faisant écho à mon article précédent concernant le fort récent Que sais-je ? N°4076 sur les adultes surdoués de Gabriel Wahl, nous sommes fondamentalement d'une plus grande vulnérabilité affective et sociale face au mot de trop, une déconvenue amicale ou un simple contretemps, avec il faut bien le reconnaître le très probable don de nous accabler aussi brillamment que nous nous passionnons pour nos sujets favoris. L'échec représente donc pour les surdoués la gifle de la vie au retentissement toujours très fort, d'autant que nous aimons donner, bien plus encore que le reste de la population, du sens à notre vie et à nos engagements. Chercher un sens de vie conduit forcément à des retentissements d'autant plus forts sur notre existence que l'on ne peut s'empêcher de s'interroger, là où beaucoup auraient une plus grande simplicité à se détourner de l'incident de parcours. Une hypersensibilité nous conduisant hélas parfois à passer complètement à côté du revers le plus beau de l'échec : Ses vertus. Dans tout le paradoxal qui animent les surdoués, quand ils se décident à saisir l'échec du bon côté sans fermer les yeux dessus, ils sont également capables, mieux que les autres, de le rentabiliser d'autant plus intensément en nouveaux rebondissements de vie positifs.

Quand on m'a mis ce livre dans les mains, j'étais justement en train de passer un passage compliqué comme tout le monde en connaît un jour. Les passages compliqués furent déjà nombreux dans ma vie mais celui-ci le fut, il me faut bien l'avouer, particulièrement amère. Tout était prêt pour faire entrer la lumière et ce fut finalement la nuit totale. Il me fallait trouver les moyens de rallumer ma flamme de l'audace, de l'envie d'entreprendre, du désir de créer, la permission de croire en l'avenir. Le fait même de reprendre ma plume ici peut être considéré comme un incontestable indice de la bonne santé psychologique retrouvée.

L'échec comme la réussite pourraient s'apparenter aux deux pédales diamétralement opposées d'un vélo qui permettent de le faire avancer faisant penser à la célèbre citation d'Albert Einstein (1879-1955) : "La vie, c'est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l'équilibre.". Les échecs apportent l'énergie pour s'interroger sur notre direction et réviser nos connaissances sur le réel. Les succès sont l'encouragement pour nous indiquer la justesse de notre cap par rapport au réel. Ainsi m'apparaît-il hallucinant, à la lumière d'Eliane, d'avoir encore à lire des commentaires de réjouissances et de méchancetés gratuites de personnes concernant l'échec et le malheur pouvant toucher autrui. Or, l'échec s'inscrit dans un schéma pour le moins vertueux :
L'échec questionne sur notre devenir et notre être. L'échec éprouve notre force de l'expérimentation et la force de notre désir inconscient. L'échec est le carrefour de nos questions sur notre réinvention perpétuelle et sur nos inspirations naturelles. Que souhaitons-nous devenir ? Qui nous sommes ? Si on regarde autour de nous, un grand nombre de véritables succès sont le fruit d'échecs "ratés" (les antibiotiques, la tarte Tatin, le Viagra, le Pacemaker, le Champagne, l'Orangina, le pain d'épice, etc...) ce qui devrait tous nous encourager à expérimenter car il s'agit d'une véritable joie de la chance offerte par l'erreur. L'échec devrait demeurer un moyen de comprendre et non, comme un événement dépressif, mal vécu qui enferme dans l'inaction. En France, l'échec est très mal perçu et on peut imputer à notre système éducatif la source du faible niveau de notre bonheur dans notre pays. On peut imputer à cette culture française notre mauvaise santé psychique et notre tendance à recourir aux médicaments. En France, on ne récompense pas de nos échecs ; bien au contraire, la tendance consiste à se fait enfoncer. Le meilleur médicament pour notre psyché n'est pas chimique mais philosophique en puisant dans une citation de Samuel Beckett (1906-1989) : "Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Echoue encore. Echoue mieux.".

Il est important de ne pas s'identifier trop longtemps à nos échecs car ceci bloque notre devenir. Un échec n'est jamais celui de notre personne mais il est plutôt la représentation pragmatique d'une rencontre ratée entre un projet et un environnement. De toute évidence, pour avancer dans la vie vers notre devenir, il faut oser, il faut oser l'échec car nos destins s'opposent à une véritable menace permanente : A force de ne pas oser échouer, on risque tout bonnement d'échouer à vivre.

Selon Charles Pépin, il y a un détail qui a retenu particulièrement mon attention car en analysant toute ma progression dans l'imagerie, de l'astronomie jusqu'à mes derniers tirages photographiques, il apparaît un solide lien entre déficit d'audace et déficit d'admiration. L'admiration constitue souvent un déclic créateur et il est juste d'observer dans mon cas personnel qu'à chaque fois que j'ai souffert d'un déficit d'audace créatif, ceci correspondait à une période stérile d'admiration envers une personne guide de ma vocation. C'est d'autant plus facile à conclure dans le contexte actuel dans lequel je rédige ce billet correspondant à une rupture temporaire de ma production artistique. Pour oser, oser échouer, l'humilité est toujours le conseil premier et il convient d'apprendre à aimer l'imperfection car les plus belles créativités sont fréquemment le fruit du détachement à la dureté du réel.

Jouir de l'échec ? Pour des esprits surdoués, nous nous caractérisons par des points d'intérêts multi-directionnels et nous pourrions sans doute en conclure notre résilience supérieure à l'échec. Si on analyse nos parcours, notamment nos enfances et nos adolescences, nous sommes bien souvent des esprits "scanneurs". Nous nous comportons comme Google : Multiplier les directions, quitte à en changer ou à en abandonner aussi rapidement selon les retours du réel par rapport à nos prises de risques. Pour rythmer une marche en avant, la nombre d'échecs, la puissance innovatrice et sa puissance tout court semble être une corrélation gagnante. Il s'agit d'un rythme aisément facile à tenir quand on est jeune avec toute la dose d'inconscience qui en découle ; En prenant de l'âge, la sagesse représente progressivement un frein à cette folie innovatrice. Là encore, des faits dans la biographie de personnages comme Pascal, Léonard de Vinci ou Einstein convergent dans cette observation. Il y a quelques années, j'ai lu que le génie de ces personnages découlait d'une innovation phare dans leur jeunesse entre 16 et 25 ans. Au-delà de cette tranche d'âge, les génies qui se réveillent deviennent excessivement plus rares ou bien souvent, il s'agit justement du dénouement d'une expérimentation débutée dans leur jeunesse et qui parvient à maturation après de nombreuses années d'échecs.

L'audace et l'échec sont les sources de plusieurs types de joies. Il y a celle qui revient de loin, il y a celle de vivre, il y a celle qui naît dans l'adversité, il y a celle du "progedien" et enfin, la joie mystique. Je retrouve là le conseil d'une vieille sage connaissance qui m'invitait au stoïcisme pour lequel, la vraie joie est issue du dénuement, dans le dépouillement. Quand on ne peut trouver la joie dans le combat, on peut la trouver dans la passivité. A travers ces joies multiples, il convient de se rappeler notre spécificité d'êtres humains dans le règne animal. Nous sommes des animaux qui ratent. Je me souviens à cette occasion de ce vendeur de tickets de métro répondant à mon père en 1996 : "L'erreur est humaine". Je n'avais pas 14 ans à cette époque et je n'avais pas encore la maturité d'aller beaucoup plus loin dans la signification d'une phrase si simple. Pourtant tout est dit. Contrairement à l'animal, l'homme s'élève uniquement par son exposition aux erreurs. C'est notre spécificité. Comme tous les humains, nous sommes des animaux ratés et donc des machines qui dysfonctionnent ! Contrairement aux animaux parfaits, nous sommes à la conquête perpétuelle d'un impossible et les échecs sont les différences marches que nous gravissons en direction de cette quête perpétuellement inachevée à l'image du temple de la philosophie dans le Parc Jean-Jacques Rousseau d'Ermenonville (Oise - 60).


En somme, une vie réussie est une vie pleine d'échecs.

Une vie réussie est une vie questionnée.

A n'en déplaise aux "réjouisseurs" d'échecs ou de malheurs d'autrui, atteints du syndrome de la bêtise insignifiante...

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